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La vision systémique dans le partage de la valeur : mesure, justice et ironie

« Mon or, c’est mon or. Et mon or, c’est mon argent »

La valeur est relative, à chacun la sienne en fonction de ses priorités. Alors, comment l’évaluer et la rétribuer de façon juste ? Une solution : la vision systémique. En identifiant l’impact de la valeur réelle que crée un individu dans l’ensemble d’un système et comment il transforme ce dernier. Ah, cerise sur le gâteau, cela pourrait également permettre d’éviter ce phénomène de « grande démission ». A méditer.

« Si nous ne changeons pas notre façon de penser, nous ne serons pas capables de résoudre les problèmes que nous créons avec nos modes actuels de pensée. – Albert Einstein

Ah, le partage de la valeur… Un concept qui semble tout droit sorti d’un manuel de management utopiste, où chacun aurait sa juste part du gâteau, où les efforts seraient reconnus à leur juste mesure, et où personne ne partirait de la fête les mains vides. Dans la réalité, pourtant, partager la valeur ressemble souvent à une équation sans solution, surtout quand cette fameuse valeur est perçue différemment par chacun des acteurs du système.
Dans un monde où chacun se demande à combien il contribue – ou parfois, combien il devrait prétendre contribuer – la vision systémique offre une perspective rafraîchissante. Imaginez un instant que vous travaillez dans une équipe projet : qui apporte quoi, et surtout, comment le mesurer ? Et si on pouvait aller plus loin que les fiches d’évaluation formatées ou les réunions interminables où tout le monde parle mais personne n’écoute ? Bienvenue dans le monde fascinant (et un brin intimidant) de la vision systémique appliquée au partage de la valeur.

Valeur : une notion relative et élastique

Avant de parler de partage, définissons la « valeur ». En termes économiques, elle peut se mesurer en profits, en actifs ou en dividendes. Mais dans une perspective plus large, la valeur peut aussi être sociale (impact communautaire), environnementale (réduction de l’empreinte carbone) ou même symbolique (la satisfaction des parties prenantes).
Et c’est là que les choses se compliquent : la valeur est hautement subjective. Pour le PDG, elle peut se résumer à la rentabilité trimestrielle. Pour l’employé, elle se traduit par un salaire décent et des conditions de travail humaines. Pour l’écologiste, elle pourrait être l’engagement environnemental de l’entreprise. Chacun mesure la valeur selon ses propres priorités, créant ainsi un joyeux bazar dans toute tentative de partage.
Prenons un exemple très concret : dans une entreprise, pourquoi le stagiaire qui répare la machine à café peut-il être perçu comme plus utile que le cadre supérieur qui finalise un budget complexe ? Parce que dans un système où le café est essentiel à la survie collective, l’impact immédiat peut l’emporter sur l’importance stratégique. La morale : la valeur n’est pas absolue, elle est relative.

La vision systémique : comprendre le tout avant de décortiquer les parties

Avant de sortir vos calculettes ou de convoquer votre comptable, arrêtez-vous une minute. La vision systémique, c’est quoi ? C’est une façon de voir les choses dans leur globalité. Pour résoudre ce problème de subjectivité, il faut une vision systémique. Mais qu’est-ce que cela signifie exactement ? C’est l’idée de considérer un système dans son ensemble, plutôt que de se focaliser uniquement sur ses parties individuelles. Chaque acteur contribue au bon fonctionnement du système global, même si sa part de valeur semble invisible à première vue. Au lieu de se focaliser sur les éléments isolés – Pierre qui rédige les rapports, Jeanne qui gère les clients, ou Kevin qui « apporte de l’énergie » (et des croissants, parfois) – on s’intéresse aux interactions. Qui impacte qui, et comment ? Dans cette approche, l’important n’est pas ce que vous faites, mais comment ce que vous faites transforme le système tout entier.
C’est un peu comme un orchestre : la valeur d’un violoniste ne se mesure pas seulement à la qualité de ses notes, mais à la façon dont il s’intègre au tout. Après tout, un solo magnifique n’a aucun sens si l’orchestre joue une autre mélodie.

Les erreurs classiques dans le partage de la valeur

Malheureusement, dans la pratique, nous commettons souvent des erreurs grossières en matière de partage de la valeur. La première est de se concentrer uniquement sur les performances visibles. Un cadre qui boucle un contrat important peut recevoir une prime substantielle, tandis qu’un employé qui maintient la cohésion de l’équipe passe inaperçu. Le court-termisme est une autre erreur majeure. On valorise les gains immédiats, au détriment des contributions à long terme, comme la recherche ou l’impact environnemental.
Et puis il y a les absurdités flagrantes : pourquoi un PDG reçoit-il une prime pour avoir licencié 20 % des effectifs afin de « rationaliser » les coûts, mais aucun employé ne reçoit de récompense pour avoir éteint les lumières du bureau pendant un an ? Il y a ici une incohérence qui pourrait presque prêter à rire… si ce n’était pas si tragique.

La vision systémique : un modèle pour mieux partager

Une approche systémique du partage de la valeur implique plusieurs éléments clés :

Les outils technologiques
Des solutions comme la blockchain peuvent suivre les contributions individuelles et collectives, offrant une vue claire et transparente sur la manière dont la valeur est créée et distribuée.

L’équité au-delà de l’égalité
Il ne s’agit pas de distribuer les parts de manière uniforme, mais plutôt de répartir selon les apports réels au système. Par exemple, les coopératives mettent souvent en place des modèles de gouvernance où chaque membre a une voix, indépendamment de sa part financière.

Prendre en compte toutes les dimensions de la valeur
Ce qui inclut les impacts sociaux, environnementaux et même psychologiques.
Un bon exemple est celui des entreprises basées sur des modèles de gouvernance partagée, où les bénéfices sont répartis en fonction de critères prédéfinis qui intègrent la vision systémique.

Mesurer l’apport de valeur : mission impossible ?

À première vue, quantifier l’apport de valeur d’un individu dans un système complexe ressemble à vouloir compter les étoiles dans le ciel (ou les fautes dans un email de phishing). Pourtant, quelques pistes émergent.

Cartographier les interactions
La première étape consiste à dessiner une carte des interactions au sein du système. Qui dépend de qui ? Par exemple, si Jeanne gère les clients avec brio, c’est peut-être parce que Pierre lui fournit des rapports impeccables. Kevin, avec ses croissants, pourrait sembler inutile à première vue… sauf si son énergie booste la productivité des autres (et donc, indirectement, la satisfaction client).

Identifier les flux de valeur
Une fois les interactions identifiées, il faut suivre les flux de valeur. C’est ici que la systémique se révèle redoutablement efficace. Au lieu de juger les individus sur des critères fixes (évaluation annuelle, ça vous parle ?), on s’intéresse à leur contribution globale au système. Les outils comme l’analyse des réseaux sociaux (non, pas Facebook, mais les vrais réseaux d’interactions professionnelles) permettent de visualiser les « nœuds » de valeur ajoutée.

Attribuer une part à chacun… équitablement
Une fois les flux de valeur identifiés, la grande question reste : comment attribuer une part financière à chacun ? C’est ici que l’humour (et parfois l’ironie) entre en jeu. Parce que franchement, est-il juste que Kevin, le fournisseur de croissants, gagne moins que Pierre, le générateur de PowerPoint soporifiques ? Tout dépend de l’impact de ces fameuses viennoiseries sur les objectifs globaux…

Vision systémique et justice organisationnelle

Si cette approche semble ambitieuse, elle peut aussi résoudre des problèmes épineux. Combien de tensions naissent d’une perception d’injustice ? Combien de « meilleurs éléments » finissent par démissionner parce que leur contribution n’est pas reconnue à sa juste valeur ?
Avec une vision systémique, chaque individu voit clairement comment il impacte le système, et comment le système l’impact en retour. Cela crée une forme de justice organisationnelle où les contributions sont reconnues non pas sur des impressions subjectives, mais sur des données tangibles.

Les limites (parce qu’il y en a toujours)

Avant de trop s’enthousiasmer, rappelons quelques réalités. D’abord, cette approche exige des outils sophistiqués et une certaine transparence, deux choses qui font peur à bien des entreprises. Ensuite, la vision systémique ne résout pas tout : elle ne remplace pas le leadership, la communication ou l’empathie. Enfin, elle peut parfois être « trop » juste : si tout est évalué au centime près, que reste-t-il de l’humain ?

De l’importance de voir le système

Pour partager la valeur dans un système complexe, il faut comprendre que la clé n’est pas de diviser le gâteau en parts égales, mais plutôt de répartir selon les apports et les besoins de chacun. Une vision systémique, où chaque maillon est pris en compte, permet de construire des modèles à la fois justes et durables.
La vision systémique est une approche prometteuse pour partager la valeur de manière plus équitable et transparente. Elle permet de voir au-delà des apparences , d’identifier les contributions réelles et de créer un environnement plus juste . Mais comme tout outil, elle doit être maniée avec prudence et accompagnée d’un brin d’autodérision. Parce qu’après tout, dans un système, chacun est un peu Kevin : essentiel à sa manière, croissants compris.

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