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Les risques d’une société à deux vitesses : quand la fracture devient un gouffre

« C’est le moment de prendre la pilule rouge »

C’est l’heure du choix. Le choix de croire. Le choix de se former, y compris de manière continue tout au long de sa vie. Le choix d’être accompagné pour faire (enfin) partie de l’ère de la connaissance. Sinon, rejoignez la trop longue liste des personnes en situation précaire. Adaptation et compétences sont les deux maitres mots de votre avenir.

« La société a pour base l’injustice, et les riches de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres, voilà où nous en sommes. » – Émile Zola, Germinal

Ah, le progrès ! Cette formidable machine à avancer à toute allure, à faire de grandes promesses et, surtout, à diviser les foules. Depuis la nuit des temps, chaque révolution industrielle a apporté son lot de gagnants et de perdants, mais rarement avons-nous été témoins d’un écart aussi abyssal qu’aujourd’hui. L’arrivée fulgurante des technologies numériques, de l’intelligence artificielle , et de l’automatisation est en train de dessiner une société à deux vitesses, où certains courent en TGV pendant que d’autres peinent à suivre, accrochés à la voiture balai.

L’Ère des Winners : ceux qui savent, peuvent (et veulent) s’adapter

Dans ce monde merveilleux du progrès, il y a ceux qui ont su prendre le virage. Ils ont flairé l’odeur du changement avant tout le monde et ont décidé de ne pas rester à quai. Eux, ce sont les « winners », ces champions de l’adaptabilité qui ont vu dans chaque transformation un tremplin vers de nouveaux horizons. Armés de diplômes, de compétences numériques à faire pâlir un geek, et d’un réseau LinkedIn digne de la Silicon Valley, ils surfent sur la vague du progrès. Ces as du changement ont compris une chose essentielle : dans une société en perpétuelle mutation, la stagnation est synonyme de régression. Alors, ils courent, innovent, et s’adaptent sans cesse.
Ces virtuoses de l’adaptation savent que dans cette nouvelle économie, les compétences techniques ne sont plus un bonus, mais un prérequis. Savoir coder, parler le langage des machines, ou tout simplement comprendre les rouages du numérique, c’est le sésame pour ouvrir les portes des emplois de demain. Leur monde est fait de bureaux ouverts où la machine à café distribue plus de data que de caféine, où les discussions tournent autour des dernières innovations plutôt que des ragots du quartier. Et surtout, c’est un monde où les salaires suivent la courbe exponentielle du progrès.

Les Losers Involontaires : quand l’inadaptabilité coûte cher

Et puis, il y a les autres. Ceux qui, malgré eux, se retrouvent sur le bord de la route, laissant filer la voiture balai. Pendant que les champions de l’adaptation courent à toute allure, d’autres peinent à suivre le rythme. Ce ne sont pas des mauvais joueurs, juste des gens pour qui l’évolution rapide du monde est plus synonyme de galère que d’opportunité. Pour eux, le progrès technologique ressemble à une course dont ils n’ont même pas vu le départ. Parce que voilà, tout le monde ne naît pas avec une souris dans la main ni un penchant naturel pour les algorithmes. Dans cette société en pleine mutation, beaucoup se retrouvent démunis face à des changements qu’ils n’ont pas vu venir, ou qu’ils n’ont tout simplement pas les moyens de suivre.
Ces perdants involontaires de la modernité sont souvent les victimes d’une formation initiale inadaptée ou d’un manque cruel de soutien pour se reconvertir. Quand les machines commencent à faire leur boulot plus vite et pour moins cher, ils se retrouvent face à un dilemme : se recycler dans un domaine qu’ils ne maîtrisent pas ou sombrer dans le chômage. Le problème, c’est que se recycler, ça ne s’improvise pas. Il faut du temps, de l’argent, et surtout un accompagnement. Autant dire que pour ceux qui n’ont pas ces ressources, la montée dans le train du progrès ressemble à une mission impossible.

Les risques d’une fracture sociale et économique grandissante

Le plus grand danger dans cette société à deux vitesses, c’est la fracture qui se creuse chaque jour un peu plus entre les deux groupes. D’un côté, on assiste à la montée en puissance d’une élite techno-savante, agile, mobile, et surtout bien rémunérée. De l’autre, on voit une classe de travailleurs déclassés, parfois condamnés à enchaîner les petits boulots précaires , quand ils ne sont pas tout simplement mis sur la touche.
Cette dualité risque fort de devenir la norme, avec d’un côté les gagnants de la mondialisation et du numérique, et de l’autre ceux qui en subissent les conséquences. Cette situation n’est pas sans rappeler l’époque de la révolution industrielle, où les inégalités sociales et économiques se sont creusées de manière spectaculaire. Mais cette fois, la fracture pourrait être encore plus profonde, car elle est exacerbée par des technologies qui accélèrent le processus de concentration des richesses et des opportunités.
Le risque ? Voir émerger une société où les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, non pas seulement en termes de revenus, mais aussi d’accès aux savoirs, aux technologies, et même aux services publics. Les gagnants de cette course effrénée accumulent non seulement des revenus, mais aussi un accès privilégié aux ressources et aux connaissances. Ils peuvent se permettre de se former continuellement, de s’adapter aux nouvelles technologies, et de bénéficier des services premium qui leur sont réservés. Une société où l’ascenseur social est en panne, où les perspectives pour les moins qualifiés sont limitées, voire inexistantes.

Les dérives du progrès : quand la technologie creuse le fossé

La technologie, censée être le grand égalisateur, joue ici un rôle paradoxal. Si elle permet à certains de s’élever, elle en laisse d’autres sur le bas-côté. Les entreprises technologiques, avec leurs algorithmes sophistiqués, concentrent les richesses et créent des monopoles qui accentuent les inégalités. Les emplois créés par ces nouvelles industries sont souvent réservés à une élite qualifiée, laissant les moins formés sur le carreau.
Par ailleurs, l’automatisation menace de remplacer des millions d’emplois traditionnels, sans pour autant offrir des alternatives viables pour tous. Les chauffeurs de taxi voient leur avenir menacé par les voitures autonomes, les caissières sont remplacées par des caisses automatiques, et même les métiers de la santé commencent à être automatisés. Pour ceux qui ne peuvent pas s’adapter, c’est la précarité qui guette.

Le temps du choix : agir ou subir

Alors, que faire face à cette menace d’une société à deux vitesses ? D’abord, il faut reconnaître que ce n’est pas une fatalité. Si les transformations en cours sont inévitables, leur impact sur la société dépend en grande partie des choix que nous faisons aujourd’hui. Cela commence par l’éducation et la formation. Il est impératif de repenser les systèmes éducatifs pour qu’ils répondent aux besoins du 21e siècle. Apprendre à coder, à maîtriser les outils numériques, ou à développer un esprit critique face aux technologies, ce n’est plus un luxe, c’est une nécessité.
Ensuite, il faut accompagner ceux qui sont le plus en danger de décrocher. Cela signifie investir massivement dans la formation continue et la reconversion professionnelle. Mais attention, il ne s’agit pas seulement de proposer des stages ou des formations en ligne. Il faut un véritable accompagnement, une aide personnalisée qui tienne compte des réalités de chacun, qu’il s’agisse de parents isolés, de travailleurs en fin de carrière, ou de jeunes sans diplôme.
Il est crucial d’investir massivement dans la formation continue. Le progrès ne s’arrête pas une fois le diplôme en poche, et ceux qui sont déjà sur le marché du travail doivent pouvoir se former tout au long de leur carrière. Cela implique de rendre l’accès à la formation plus simple, plus flexible, et surtout plus abordable.

Le progrès pour tous ou pour quelques-uns ?

Le progrès est une formidable opportunité, mais il est aussi porteur de risques majeurs. Si nous n’y prenons garde, la société à deux vitesses que nous voyons se dessiner pourrait devenir une réalité permanente, avec tout ce que cela implique en termes de tensions sociales, de déstabilisation politique, et d’injustices économiques. Il est encore temps de faire en sorte que le train du progrès ne laisse personne sur le quai. Pour cela, il faut des choix courageux, des politiques innovantes, et surtout une prise de conscience collective. Le progrès doit être une chance pour tous, pas seulement pour quelques-uns. Sinon, le risque est grand de voir émerger une société divisée, où l’espoir de mobilité sociale devient un simple mirage.

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