Travaillez là où vous excellez

« Ou comment allier plaisir et engagement »

Le plaisir au travail : deux mots qui s’opposent ? Pas nécessairement. Si vos compétences et vos passions sont en parfaites adéquation avec votre activité, alors votre engagement sera total. Et si, en plus, vous êtes rémunérés, alors vous avez votre « job de rêve ». A condition de faire les bons choix et de prendre les bonnes décisions.

« Là où vos talents et les besoins du monde se rencontrent, là est votre vocation. » – Aristote

Il y a quelque chose de fascinant à observer un individu en pleine maîtrise de son art. Que ce soit un cuisinier qui jongle avec des casseroles comme s’il dansait un tango avec le feu, un codeur qui pianote son clavier avec la méticulosité d’un horloger suisse ou un musicien qui fait vibrer les âmes en quelques notes, une chose est sûre : ils sont dans leur élément. Et si on vous disait que ce plaisir à l’ouvrage et cet engagement total ne sont pas le fruit du hasard, mais plutôt de l’adéquation parfaite entre leurs compétences et leur activité ?

Le mythe du travail-passion : rêve naïf ou réalité possible ?

« Trouvez un travail que vous aimez et vous n’aurez jamais à travailler un seul jour de votre vie. » Ah, cette citation, on l’a tous entendue au moins une fois, assénée par un coach en développement personnel avec un sourire un peu trop éclatant. Mais soyons honnêtes : qui parmi nous a déjà réussi à transformer une passion en job de rêve , sans y laisser des plumes au passage ?
Le travail idéal, c’est celui où l’on excelle, où l’on s’engage pleinement sans avoir l’impression d’être un hamster dans une roue sans fin. C’est un équilibre délicat entre compétence, plaisir et, disons-le franchement, rentabilité. Mais alors, comment fait-on pour travailler là où on excelle et non là où on galère en silence en attendant le week-end ?

Quand talent et plaisir s’entrelacent (ou pas)

Le premier piège dans cette quête du job parfait, c’est de confondre passion et talent. Autant être clair : ce n’est pas parce que vous adorez chanter sous la douche que vous êtes le prochain Jean-Jacques Goldman. De même, ce n’est pas parce que vous êtes un as d’Excel que vous devez forcément devenir comptable.
L’idée, c’est de repérer l’espace magique où vos talents naturels rencontrent ce que vous aimez faire, tout en étant utile à quelqu’un (de préférence quelqu’un qui paie bien). Autrement dit, c’est une sorte de triathlon mental entre :
Ce que vous faites facilement et mieux que les autres
Ce qui vous procure de la satisfaction sans vous vider de votre énergie
Ce qui est valorisé sur le marché du travail
Si vous êtes bons dans un domaine mais que personne n’est prêt à vous payer pour ça, ça reste un hobby. Désolé.

L’engagement vient en travaillant (ou en fuyant le bore-out)

Contrairement à ce qu’on croit, l’engagement ne tombe pas du ciel, comme un alignement miraculeux des planètes. Il se nourrit du sentiment de compétence et de progression. Vous pouvez très bien être moyennement intéressé par un sujet au départ et finir passionné dès que vous sentez que vous excellez.
Linus Torvalds, l’illustre créateur de Linux, ne s’est pas réveillé un matin avec une passion dévorante pour le codage. Il a travaillé, affiné ses compétences, puis a pris plaisir à résoudre des problèmes complexes parce qu’il était bon dans ce qu’il faisait.
Steve Jobs ne disait pas autre chose : « The only way to do great work is to love what you do. If you haven’t found it yet, keep looking. Don’t settle. » En d’autres termes, ne vous contentez pas d’une passion stérile, mais trouvez le domaine où vous pouvez briller et le plaisir suivra.
Là où ça coince, c’est quand on est coincé dans une activité où l’on n’est ni bon ni enthousiaste. Bienvenue dans le royaume du bore-out, ce mal moderne où l’ennui professionnel devient une torture lente. Si vous vous surprenez à googler « reconversion dans l’apiculture » en plein Zoom Meeting, il est peut-être temps de vous demander si votre job est bien dans votre zone d’excellence.

Le piège du « bon élève » : excellents mais pas heureux

Certains passent leur vie à faire des choses dans lesquelles ils excellent… mais qu’ils n’aiment pas. C’est souvent le cas des anciens premiers de la classe, ces perfectionnistes qui ont appris à briller pour le regard des autres et non par plaisir personnel. Résultat : ils finissent avocats, consultants ou ingénieurs, avec un compte en banque bien rempli et une énergie au plus bas.
Là encore, l’excellence seule ne suffit pas. Ce n’est pas parce que vous êtes bon en quelque chose que vous devez y consacrer votre vie. Le plaisir doit avoir son mot à dire.

La clé de l’engagement : compétences et satisfaction

Détrompez-vous, la motivation ne tombe pas du ciel telle une manne providentielle. C’est une construction qui repose sur trois piliers : la compétence, l’autonomie et le sens.
La compétence
Rien n’est plus gratifiant que de résoudre un problème avec brio, de boucler un projet avec la satisfaction du travail bien fait. Si vous avez déjà passé des heures à peaufiner un document ou à optimiser un processus, alors vous savez combien la maîtrise procure un plaisir quasi jouissif.
L’autonomie
Plus on excelle, plus on gagne en liberté. Les meilleurs de leur domaine ont souvent carte blanche et un champ d’action bien plus vaste que ceux qui naviguent en eaux troubles.
Le sens
Un individu engagé est un individu qui comprend l’impact de son travail. Or, il est bien plus facile de trouver du sens dans une activité que l’on maîtrise et dans laquelle on excelle, que dans une galère où chaque jour ressemble à une lutte contre soi-même.

Le « Flow » : cet état magique où travail et plaisir fusionnent

Le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi a popularisé le concept de « flow  » : cet état de concentration profonde où le temps s’efface, où chaque action semble couler naturellement, sans effort. C’est dans cet état que nous donnons le meilleur de nous-mêmes et que le plaisir au travail devient maximal.
Pour atteindre cet état, il faut un équilibre parfait entre challenge et compétences :
– Si la tâche est trop facile, on s’ennuie.
– Si elle est trop difficile, on se sent frustré.
– Mais lorsqu’elle est juste à la hauteur de notre talent, la magie opère.
Autrement dit, pour aimer son travail et s’y engager pleinement, il faut jouer dans la bonne ligue. Ni trop haut, ni trop bas.

Trouvez votre zone d’excellence et fuyez la torture quotidienne

Si vous n’avez jamais fait la moindre introspection sur vos compétences, il est temps de vous y mettre. Posez-vous cette question simple : « Dans quel domaine suis-je naturellement bon ? » Et pas simplement « Qu’est-ce que j’aime faire ? ». Parce qu’aimer quelque chose ne signifie pas y exceller. Si vous adorez chanter mais que vos voisins appellent la police à chaque karaoké, il est peut-être temps de réorienter vos ambitions…
Dressez la liste de ce que vous faites facilement : ce sont ces tâches où vous vous démarquez sans avoir l’impression de vous arracher les cheveux.
Repérez les moments où vous êtes dans le flow : ces instants où le temps file sans que vous vous en rendiez compte. Ce sont souvent des indices précieux.
Posez la question aux autres : parfois, nous sommes si habitués à nos propres talents que nous ne les voyons même pas. Demandez à votre entourage dans quels domaines vous excellez vraiment.
Testez et ajustez : l’excellence et l’engagement ne sont pas gravés dans le marbre. Parfois, il faut explorer plusieurs pistes avant de trouver celle qui nous correspond parfaitement.
Une fois votre zone d’excellence identifiée, la suite est simple : orientez-vous vers des missions qui exploitent ces compétences. Si vous excellez dans la persuasion, visez les négociations complexes. Si vous avez une facilité à vulgariser des concepts obscurs, devenez conférencier ou rédacteur. Si votre talent est d’organiser les choses comme un chef d’orchestre, alors gestion de projet, logistique ou direction d’entreprise sont faits pour vous.

Quand le marché du travail ne veut pas de votre excellence

Bien sûr, tout cela serait trop simple si le monde était parfaitement conçu. Vous pouvez exceller dans l’art de raconter des anecdotes absurdes et hilarantes, mais si personne ne paie pour ça, vous allez avoir du mal à en faire une carrière (sauf si vous devenez humoriste ou écrivain, mais bonne chance).
C’est là qu’il faut savoir jongler : soit en monétisant son excellence différemment (via l’entrepreneuriat, la formation, etc.), soit en trouvant un métier connexe où vos talents seront utiles, même si ce n’est pas exactement votre rêve initial.

Arrêtez de ramer à contre-courant

Vouloir forcer une passion dans un domaine où l’on est incompétent, c’est s’assurer un avenir où frustration et découragement règnent en maîtres. En revanche, identifier ses compétences naturelles et les exploiter dans un cadre professionnel, c’est l’assurance d’un travail où plaisir et engagement sont au rendez-vous.
Alors, cessez de pagayer à contre-courant, trouvez votre fleuve, et laissez-vous porter par la puissance de votre propre excellence. C’est là que le travail cesse d’être une corvée pour devenir une passion durable.

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