Seconde Révolution Industrielle : s’adapter et faire face au changement

« De la tour Effel aux « Temps Modernes », le progrès passe la seconde »

La seconde révolution industrielle a radicalement transformé des continents entiers, nos infrastructures de transport et nos modes de production. L’électricité, le pétrole et l’acier ont façonnés, parfois brutalement, le monde du travail détruisant de nombreux emplois mais en créant beaucoup d’autres. Les stratégies pour profiter de ces bouleversements : se former, savoir se réinventer et savoir s’associer.

« La science et l’industrie marchent la main dans la main pour élever l’humanité vers de nouveaux sommets. » – Gustave Eiffel

De la vapeur à l’électricité : le grand changement

L’électricité a débarqué dans l’industrie comme une star de rock dans un festival de musique folk : tout le monde était fasciné, mais certains n’étaient pas sûrs de comprendre ce qui se passait. Au début, cette nouvelle forme d’énergie semblait un peu farfelue, avec ses fils qui pendouillaient un peu partout et ses ampoules qui clignotaient comme des lucioles en sursis. Mais une fois que les industriels ont compris qu’ils pouvaient installer leurs usines où bon leur semblait, sans être esclaves des rivières et des mines de charbon, ils se sont empressés d’adopter l’électricité. Après tout, qui refuserait un tel confort ?
Mais si vous étiez charbonnier ou machiniste de machines à vapeur à cette époque, c’était le début de la fin. L’électrification et l’utilisation accrue du pétrole ont réduit la demande de charbon, menant à la disparition progressive des charbonniers. En Grande-Bretagne, où le charbon était une industrie majeure, l’emploi dans ce secteur a diminué de façon significative après 1900, avec une baisse de plusieurs dizaines de milliers de postes. Ces métiers, autrefois au cœur de l’activité industrielle, ont commencé à disparaître plus vite qu’une allumette dans une tempête. Imaginez : un travail éreintant, salissant, avec une espérance de vie qui ferait passer celle d’un hamster pour de la longévité… et tout cela pour finir au rebut à cause de quelques fils électriques ! Une tragédie, oui, mais aussi une belle occasion pour ces travailleurs de se recycler (sans mauvais jeu de mots) dans l’installation de ces fameuses lignes électriques ou la maintenance des nouvelles machines électrifiées. L’apparition et la diffusion de l’électricité ont créé une demande massive pour des électriciens. Vers la fin du 19e siècle, les électriciens sont devenus essentiels pour l’installation et la maintenance des infrastructures électriques, tant dans les industries que dans les foyers. On estime que des centaines de milliers d’emplois ont été créés dans ce secteur à travers le monde d’ici le début du 20e siècle. Par exemple, aux États-Unis, on comptait déjà environ 60 000 électriciens en 1900. Avec l’électrification des transports publics, de nombreux emplois de conducteurs ont été créés pour piloter les nouveaux tramways électriques dans les grandes villes. Dans les villes européennes et nord-américaines, plusieurs dizaines de milliers de conducteurs ont été employés dans ce secteur entre 1880 et 1900.

L’Âge du pétrole : les cochers tirent leur révérence

L’autre grand acteur de cette révolution, c’est le pétrole. Ah, le bon vieux pétrole, ce liquide noirâtre qui allait devenir la star incontestée de l’économie mondiale. Le développement du pétrole comme source d’énergie a entraîné la création d’emplois dans l’extraction, le raffinage, et le transport du pétrole. Aux États-Unis, le nombre d’employés dans l’industrie pétrolière est passé de quelques milliers en 1860 à plus de 100 000 au début du 20e siècle.
Indissociable du pétrole, les moteurs à essence transformaient les routes. Exit les diligences, bonjour les voitures à essence ! Les cochers, qui avaient autrefois été les rois de la ville, ont vu leur monopole se dissoudre plus vite qu’un morceau de sucre dans une tasse de thé. Les charrons, autrefois spécialisés dans la réparation de roues de chariots, se sont rapidement formés pour devenir des experts en moteurs. Ironie du sort, les premiers conducteurs de voitures à essence, autrefois dénigrés par les puristes du cheval, allaient bientôt devenir les rois de la route. L’essor des voitures à moteur a progressivement éliminé la nécessité des conducteurs de fiacres. Dans les grandes villes comme Paris, Londres, et New York, on estime que des milliers de cochers ont été remplacés par des chauffeurs de taxis automobiles entre 1890 et 1920. Un bel exemple d’adaptation, même si on imagine que les premiers jours ont dû être un peu compliqués pour ceux qui n’avaient jamais manié autre chose qu’un fouet.

Fordisme : L’usine devient une machine et l’homme un rouage

Ah, Henry Ford. S’il y a un homme que l’on pourrait décrire comme à la fois un génie et un bourreau de l’âme humaine, c’est bien lui. Henry Ford a inventé la chaîne de montage, cette méthode révolutionnaire qui a permis de produire des voitures rapidement et en grand nombre en divisant la production en une multitude de petites tâches simples, chacune accomplie par un ouvrier spécialisé. Une idée brillante, certes, mais qui a aussi transformé l’ouvrier qualifié en simple exécutant d’une tâche répétitive. Adieu le savoir-faire artisanal, bonjour le travail à la chaîne où chacun devient un simple rouage dans une machine géante.
Le fordisme a bouleversé le monde du travail. Les artisans qualifiés, fiers de leur métier et de leur expertise qui avaient l’habitude de travailler sur un produit du début à la fin, ont vu leur rôle réduit à une suite de gestes mécaniques. Pour beaucoup, cela a été une véritable déchéance. Mais il faut reconnaître que ce modèle de production a permis de créer des millions d’emplois, même si ces derniers étaient souvent monotones et dépourvus de toute créativité. Avec l’industrialisation et l‘automatisation croissante, les usines avaient besoin de personnel qualifié pour entretenir et réparer les nouvelles machines. On estime que plusieurs centaines de milliers de mécaniciens ont été employés dans ce secteur à travers le monde industrialisé au début du 20e siècle. Rien qu’aux États-Unis, ce secteur a vu la création de plus de 100 000 emplois entre 1880 et 1900. Le travail à la chaîne a offert une certaine stabilité d’emploi et a donné naissance à une nouvelle classe ouvrière, capable d’acheter les produits qu’elle fabriquait. C’était là le génie de Ford : ses ouvriers pouvaient se permettre d’acheter une Ford Model T, le fruit de leur propre labeur.
Cette transformation radicale du monde du travail a suscité des réactions variées. Certains ont accepté leur nouveau rôle avec résignation, tandis que d’autres se sont insurgés contre cette aliénation grandissante. Les syndicats ont commencé à prendre de l’importance, luttant pour de meilleures conditions de travail, des salaires plus élevés et des journées de travail plus courtes. C’est dans ce contexte que sont nées les premières grandes grèves industrielles, prélude aux mouvements ouvriers du 20e siècle.

L’acier : le matériau qui a forgé une nouvelle société

L’acier, ce matériau incroyable qui a remplacé le fer dans tant d’applications, a joué un rôle central dans la Seconde Révolution Industrielle. Grâce à l’acier, il est devenu possible de construire des gratte-ciels, des ponts gigantesques, des chemins de fer à travers des continents entiers, et même des navires de guerre capables de dominer les mers. Si le fer avait permis de donner un premier élan à la révolution industrielle, l’acier a littéralement catapulté l’humanité vers l’ère moderne.
Mais l’essor de l’acier a aussi eu son lot de victimes. Les forgerons traditionnels, qui avaient dominé la transformation du métal pendant des siècles, ont été relégués au rang de vestiges du passé. Leur savoir-faire, pourtant hautement respecté, est devenu obsolète face à la production industrielle d’acier. Le passage de la production artisanale de métal à la production industrielle d’acier a réduit le besoin de forgerons traditionnels. En Europe et aux États-Unis, des dizaines de milliers ont vu leurs métiers disparaître ou se transformer radicalement. Cependant, tout n’était pas perdu pour eux : certains ont su se réinventer en devenant spécialistes dans des domaines plus modernes, participant ainsi à la construction des infrastructures qui allaient façonner les villes du futur. L’essor des villes, avec leurs nouveaux bâtiments en acier, a également créé une demande pour des architectes, des ingénieurs et des ouvriers du bâtiment, transformant le paysage urbain et redéfinissant ce que signifiait être un « bâtisseur » à cette époque.
L’expansion des aciéries a aussi conduit à une explosion de la demande en main-d’œuvre. L’essor de l’acier comme matériau de base pour la construction, notamment dans les infrastructures ferroviaires, navales, et architecturales, a entraîné une augmentation massive des emplois dans les aciéries. Entre 1870 et 1910, la production d’acier aux États-Unis a explosé, passant de 68 000 tonnes à plus de 24 millions de tonnes. Cela s’est accompagné de la création d’environ 150 000 emplois directs dans les aciéries d’ici 1900. Les ouvriers se sont massivement dirigés vers ces nouvelles industries, attirés par la promesse de salaires plus élevés et d’un emploi stable. Mais là encore, les conditions de travail laissaient souvent à désirer : longues heures, sécurité inexistante, et maladies professionnelles étaient monnaie courante. Il a fallu des décennies de luttes syndicales pour que les conditions dans les aciéries commencent à s’améliorer.

Les stratégies d’adaptation : réinventer l’avenir

Face à ces bouleversements, les travailleurs de l’époque ont dû s’adapter pour survivre. Si certains ont résisté – souvent en vain – d’autres ont su tirer parti des nouvelles opportunités qui se présentaient, cela a signifié accepter des emplois moins qualifiés mais plus stables. Pour d’autres, il a fallu saisir les nouvelles opportunités offertes par l’électricité, le pétrole ou l’acier. Ceux qui ont réussi à s’adapter ont souvent été ceux qui ont su se former, acquérir de nouvelles compétences, ou parfois même changer complètement de métier et à accepter que le monde du travail ne serait plus jamais le même.
Les syndicats ont joué un rôle clé dans cette transition, en aidant les travailleurs à s’organiser pour obtenir de meilleures conditions de travail. Mais l’adaptation ne se limitait pas aux travailleurs : les entrepreneurs aussi ont dû évoluer. Ceux qui ont su innover, investir dans leurs employés et adopter de nouvelles technologies ont prospéré, tandis que ceux qui sont restés attachés aux anciennes méthodes ont été rapidement dépassés.
Ce qui est remarquable dans cette période de transition, c’est la résilience dont ont fait preuve de nombreuses personnes. Malgré la destruction de nombreux emplois traditionnels, une nouvelle classe ouvrière est apparue, plus nombreuse et plus diversifiée que jamais. Cette capacité d’adaptation a été la clé de la réussite pour beaucoup, permettant non seulement de survivre dans un monde en pleine mutation, mais aussi de prospérer.

L’héritage de la Seconde Révolution Industrielle

En rétrospective, la Seconde Révolution Industrielle a été une période de bouleversements aussi profonds que durables. Les innovations technologiques de cette époque ont transformé le monde de manière radicale, détruisant certains emplois mais en créant beaucoup d’autres . Elles ont également permis de poser les bases du monde moderne, en transformant les villes, les infrastructures et les modes de production.
Mais au-delà des changements matériels, cette période a aussi marqué l’émergence de nouvelles stratégies d’adaptation face à l’innovation. Que ce soit par la réinvention professionnelle, la formation ou l’organisation syndicale , les travailleurs ont su faire face à un avenir incertain avec un courage et une ingéniosité remarquable.
Aujourd’hui, alors que nous vivons une nouvelle révolution industrielle avec l’essor du numérique, il est utile de se souvenir de cette période de l’histoire. Les défis auxquels nos ancêtres ont été confrontés résonnent encore dans notre monde actuel, où les technologies émergentes continuent de transformer nos vies. Comme eux, nous devons apprendre à nous adapter, à saisir les opportunités qui se présentent et à nous réinventer pour ne pas être laissés pour compte dans cette nouvelle ère de changement perpétuel.
En fin de compte, l’histoire de la Seconde Révolution Industrielle est une leçon d’adaptation, de résilience et de progrès. Après tout, le monde du travail est en perpétuelle évolution, et ceux qui ne s’adaptent pas risquent de se retrouver relégués aux oubliettes de l’histoire, tout comme les charbonniers, les lampistes et les forgerons de jadis. Une leçon qui, plus d’un siècle plus tard, reste toujours d’actualité.

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